Pourquoi vivons-nous la détresse ?
L’être humain est le seul parmi les créatures à ne pas se contenter de vivre : il a besoin de comprendre pourquoi il vit. Cette conscience du sens n’est pas un luxe philosophique, mais une condition de survie psychique. Lorsqu’un homme possède un sens, il supporte la douleur, endure le manque et diffère le plaisir. Lorsqu’on le prive de ce sens, la moindre défaillance se transforme en crise existentielle.
Le sens ne se donne pas clé en main et ne s’achète pas : il se cultive. Il se cultive dans les premières années de la vie, dans un foyer où l’enfant ressent que son existence est voulue et non accidentelle, qu’il est aimé avant d’être utile. La mère, par sa présence et sa capacité d’accueil, transmet au bébé le premier message existentiel : la vie est sûre. Le père, par sa stabilité et son sens des responsabilités, transmet le second message : la vie a une direction.
Lorsque ce cadre est démantelé, l’enfant ne perd pas seulement la protection, mais aussi la boussole. Il grandit avec le sentiment que son existence est contingente et que sa valeur dépend de la performance et de l’approbation extérieure. C’est là que commence la première fissure dans la conscience du sens.
